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Révolte des jeunes européens contre un avenir incertain

Depuis quelques mois, la jeunesse européenne est sur le devant de la scène. Les médias du monde entier ont jeté leur dévolu sur ces jeunes dont les revendications traduisent un profond malaise social. Sans prendre la tournure des révolutions qui ont eu lieu et qui se déroulent encore dans les pays d’Afrique du Nord ou en péninsule d’Arabie tels que la Tunisie, l’Egypte, la Lybie, la Syrie et le Yémen, ces mouvements de contestation ou de revendication cherchent toutefois à ébranler les gouvernements européens dans leur politique sociale. Que se passe-t-il donc en Europe ? Quelle est l’origine profonde de ces soulèvements qui semblent être le seul moyen d’expression d’une jeunesse qui se dit « sacrifiée », « abandonnée » ?

La jeunesse européenne s’enflamme et l’origine de ces mouvements est essentiellement sociale……ou plus précisément ces mouvements partent d’une précarité sociale qui touche de plus en plus durement la jeunesse. La plupart des statistiques que l’on retrouve sur la toile atteste de la situation complexe et difficile des jeunes en Europe : taux de chômage en hausse, grande précarité sociale, difficultés financières….

Tout a débuté en Espagne, le 15 mai 2011, date à laquelle les « indignados » se sont regroupés sur la place de la Puerta del Sol à Madrid. Les raisons de ce rassemblement ? Le taux de chômage élevé est bien sûr en première ligne mais aussi les mesures d’austérité adoptées par le gouvernement de José Luis Zapatero. En ce sens, les jeunes espagnols ont aussi pu rassembler autour d’eux « des retraités, des chômeurs ou des salariés exaspérés par un chômage qui touche 1 espagnol de moins de 25 ans sur deux…» (Flash Actu, Le Figaro, 30/05/11, Madrid : les « indignés » ne renoncent pas).

Au Portugal, les jeunes n’ont pas tardé à suivre le mouvement des Espagnols. Avec un taux de chômage avoisinant les 30%, les indignés portugais crient leur mécontentement face à l’Union Européenne, la Banque Centrale Européenne, et le Fonds Monétaire International qu’ils accusent d’ingérence dans l’économie portugaise après que ces derniers aient apporté une aide financière au pays.

En effet, suite à la crise économique, des mesures ont été imposées par ces trois institutions, mesures qui impliquaient entre autres la hausse des impôts, ainsi que des coupes sociales importantes. Leur intervention dans l’économie des pays n’est donc pas du gout de tout le monde et entraine un mécontentement général de la part des populations espagnoles, portugaises ou encore grecques.

En France, le mouvement n’est pas aussi ancré dans les esprits des jeunes français. Le 29 mai 2011, une occupation de la place de la Bastille a eu lieu pour dénoncer le chômage, la précarité et la corruption mais pour le moment le mouvement n’a pas pris plus d’ampleur. Et pourtant ! La précarité sociale des jeunes français est loin d’être minime. En mai 2011, le taux de chômage des 15-29 ans en France était de 9,5%. C’est moins qu’en Espagne, au Portugal ou encore en Grèce mais les difficultés rencontrées par les jeunes français sont bien réelles. Ces derniers connaissent des difficultés financières importantes. Une étude de la mutuelle étudiante LMDE, parue en mai 2011, souligne les conditions de vie précaire des étudiants : 26% des étudiants interrogés déclarent rencontrer « de réelles difficultés pour faire face aux dépenses courantes », c’est-à-dire, loyer, alimentation ou factures d’électricité. Selon cette même étude, les ¾ des sondés ont « le sentiment d’être une génération sacrifiée ». (http://www.reussirmavie.net/)

Ce mot revient souvent dans la bouche des jeunes européens et surtout en ce qui concerne les jeunes diplômés. Le diplôme, sésame indispensable, à l’obtention d’un emploi se voit dévaloriser. La plupart des « indignés » sont diplômés, même surdiplomés, et ont du mal à joindre les deux bouts. Au Portugal, en mai dernier, une pétition fut passée parmi les jeunes pour recueillir des signatures contre la précarité : cette pétition, si elle passait devant le Parlement, se voulait être surtout un moyen d’obliger les employeurs « à signer des contrats de travail en bonne et due forme et interdirait les abus des agences d’emplois temporaires » (Libération, 4 juin 2011, La jeunesse lisboète, cœur de la révolte permanente). Ces jeunes se soulèvent donc aussi contre un système qui ne leur permet aucunement de trouver du travail à la mesure des diplômes obtenus.

Au Royaume-Uni, les récents soulèvements de jeunes anglais suite au décès d’un autre jeune tué par les forces de l’ordre, semblent plus traduire un mal-être de la jeunesse anglaise qu’une véritable révolution ; et la violence est le moyen qu’ils ont trouvé pour exprimer leur désarroi face à un chômage de plus en plus élevé. Les habitants de Londres et des autres villes touchés par ces violences, interrogés par les journaux télévisés insistent sur ce point: il n’y a pas de travail et les études sont devenues tellement chères que les classes les moins aisées ne peuvent y avoir accès. Ce qui crée une inégalité profonde. Là repose le véritable problème.

Selon Jonathan Wright, chercheur au Work Foundation, au Royaume-Uni, l’austérité n’est pas forcément le problème mais plutôt le chômage qui concerne 19,6% des jeunes britanniques. Les mesures d’austérité par le Gouvernement ont pu aggraver la situation mais, d’après Jonathan Wright, le problème vient surtout du système scolaire qui ne donne pas aux élèves les bases pour pouvoir travailler.

Ce point de vue ne peut cependant occulter les profondes inégalités qui existent au Royaume Uni dans l’accès aux études, notamment depuis l’augmentation des taxes universitaires. Cette décision avait déjà engendré des manifestations l’année dernière.

Lors d’un colloque sur l’engagement de la jeunesse, présidée par Jeannette Bougrab en mai dernier, Luc Ferry avait souligné la situation paradoxale de la jeunesse européenne. D’après lui, « jamais on ne s’est autant occupée de la jeunesse » mais les jeunes européens régressent et les jeunes français sont pessimistes quant à leur avenir et celui de la France.

Aujourd’hui en France, les jeunes sont présentés comme les acteurs indispensables à la stabilité économique et sociale du pays mais « la république ne le leur rend pas bien : 10% des moins de 30 ans n’arrivent pas à joindre les deux bouts » (Else Revue, La précarité ou une partie de la jeunesse disqualifiée, 31 mai 2011). Un exemple est la difficulté d’accès au RSA (Revenu de Solidarité Active) pour les jeunes de moins de 25 ans ou avec moins de 2 ans d’activité. Les moins de 25 ans sont les plus précaires avec un taux de chômage de 49% d’après l’Insee ; ce qui les fragilisent physiquement et psychologiquement. « A faire la queue à l’aide alimentaire lorsque l’on est étudiant ou bien passer ses nuits sur le pavé, le jeune en difficulté souffre souvent de troubles multiples mais n’a pas conscience des effets négatifs que cela peut avoir sur sa vie ultérieure. Il les nie comme la société nie l’origine de ses problèmes » (Else Revue, La précarité ou une partie de la jeunesse disqualifiée, 31 mai 2011).

Quelle soit espagnole, portugaise, grecque, britannique ou française, la jeunesse est en proie à de grandes incertitudes quand à son avenir. Mais peu à peu ces jeunes prennent conscience du pouvoir qu’ils ont pour ébranler les politiques et espérer un changement de leur situation. Ces soulèvements de jeunes ont même dépassé les frontières de l’Europe et les premières manifestations en Israël ont eu lieu au mois de juillet, notamment contre les inégalités sociales, la hausse des prix, la précarité ou le droit au logement. Phénomène surprenant dans un pays peu touché par le chômage mais où la population réclame plus de justice sociale.

Ces manifestations vont-elles aboutir au changement ? Cela en est encore moins sur mais en se soulevant la jeunesse européenne envoie un message clair aux gouvernements : pour incarner l’avenir d’un pays, encore faut-il que ce dernier lui en donne les moyens.

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